03 mars 2008
Bernard Dimey
j'ai eu un coup de coeur pour ce poète de la démesure...originaire de Nogent il arrive à Paris à 25 ans et va décrire dans ses chansons et poèmes les bistrots , les troquets parisiens et la vie...
dommage qu'il ne soit pas plus connu, cet artiste a un réel talent!voilà son site officiel:
http://parolesdedimey.free.fr/
voyez par vous même...
JE NE DIRAI PAS TOUT
Je ne dirai pas tout
J'aurai passé ma vie à me décortiquer, à me déshabiller
A donner en spectacle à n'importe quel prix ce que j'avais
De plus précieux, de plus original
Plus vivant que moi-même
Au prix de quels efforts
Je ne le dirai pas
Je ne dirai pas tout
On passe au beau milieu de ses contemporains et la
figuration n'est pas intelligente
Ils ont tous un cerveau fendu par le milieu
Dont toute une moitié se transforme en silex
Je vais jour après jour, envers et contre tout, vers mon
Point de départ
Cercueil aussi tranquille, aussi doux qu'un berceau
Le besoin de parler ne m'a pas réussi
Les hommes sont cruels et crèvent de tendresse
Les femmes sont fidèles aux amours de hasard
Tout le talent du monde est à vendre à bas prix et qui
L'achètera ne saura plus qu'en faire
L'animal a raison qui sait tuer pour vivre...
Les animaux sont purs, ils n'ont pas inventé la morale
Au rabais, les forces de police
Ni la peur du néant, ni le Bon Dieu chez soi
Ni l'argent ni l'envie
Ni l'atroce manie de rendre la justice
Les poissons de la mer n'ont pas d'infirmités
Là, chacun se dévore et s'arrache et s'étripe
Et le meilleur des mondes est encore celui-là
Sans paroles perdues, sans efforts de cervelle,
Mensonges cultivés, mis au point, sans techniques...
L'antilope sait bien qu'un lion la mangera, elle reste
Gracieuse
La savane est superbe, elle y prend son plaisir
Et moi
De jour en jour
Je suis comme un crapaud, de plus en plus petit,
Écrasé, aplati malheureux sous une planche de jardin
Le soleil me fait peur... Vos regards d'imbécile ont eu
Raison de moi
Je ne dirai pas tout
J'ai compris trop de choses
Mais de comprendre ou pas nul n'en devient plus riche,
La vie comme un brasier finira par gagner
Attendu que la cendre est au bout de la route
Et que tous les squelettes ont l'air d'être parents
Je croyais autrefois, à l'âge des étoiles et des sources et
Du rire et des premiers espoirs
Être né pour tout dire
N'être là que pour ça
Intoxiqué très tôt par le besoin d'écrire, je me suis
Avancé parmi vous, pas à pas,
Et l'on m'a regardé comme un énergumène
Comme un polichinelle au sifflet bien coupé
Qui savait amuser son monde...
A la rigueur...
Le faire un peu sourire, le faire un peu pleurer
J'aurais pu devenir assez vite un virtuose mais le goût
M'est passé de parler dans le vent
Je ne dirai pas tout
J'ai le sang plein d'alcool, d'un alcool de colère
Et je vais achever ma vie dans un bocal comme un poisson
Chinois
Peut-être un cœlacanthe...
J'aurai, j'en suis certain, de l'intérêt plus tard
Vous aurez des machines à faire parler les morts
Je vous raconterai mes crimes et ma légende et je vous
Offrirai des mensonges parfaits
Que vous mettrez en vers, en musique, en images
Mais vous aurez beau faire
Je ne dirai pas tout !
Je suis le descendant du vautour et du poulpe
Mes ancêtres, autrefois, survolaient vos jardins
Et sillonnaient vos mers
Je ne dirai pas tout... Tant de peine perdue
On peut avoir à dix huit ans l'impérieux besoin d'aller
Prêcher dans le désert
Devant un auditoire de fantômes illettrés, de beaux
Analphabètes ou de milliardaires courtois
Ni plus ou moins idiots qu'un ouvrier d'usine...
Mais l'âge m'est passé des sermons de ce genre
Je ne dirai pas tout !
Or, tout me reste à dire.
en voilà un deuxième: les enfants de Louxor
Quand je sens, certains soirs, ma vie qui s'effiloche
Et qu'un vol de vautours s'agite autour de moi,
Pour garder mon sang froid, je tâte dans ma poche
Un caillou ramassé dans la Vallée des Rois.
Si je mourrais demain, j'aurais dans la mémoire
L'impeccable dessin d'un sarcophage d'or
Et pour m'accompagner au long des rives noires
Le sourire éclatant des enfants de Louxor.
À l'intérieur de soi, je sais qu'il faut descendre
À pas lents, dans le noir et sans lâcher le fil,
Calme et silencieux, sans chercher à comprendre,
Au rythme des bateaux qui glissent sur le Nil,
C'est vrai, la vie n'est rien, le songe est trop rapide,
On s'aime, on se déchire, on se montre les dents,
J'aurais aimé pourtant bâtir ma Pyramide
Et que tous mes amis puissent dormir dedans.
Combien de papyrus enroulés dans ma tête
Ne verront pas le jour... ou seront oubliés
Aussi vite que moi?... Ma légende s'apprête,
Je suis comme un désert qu'on aurait mal fouillé.
Si je mourais demain, je n'aurais plus la crainte
Ni du bec du vautour ni de l'oeil du cobra.
Ils ont régné sur tant de dynasties éteintes...
Et le temps, comme un fleuve, à la force des bras...
Les enfants de Louxor ont quatre millénaires,
Ils dansent sur les murs et toujours de profil,
Mais savent sans effort se dégager des pierres
À l'heure où le soleil se couche sur le Nil.
Je pense m'en aller sans que nul ne remarque
Ni le bien ni le mal que l'on dira de moi
Mais je déposerai tout au fond de ma barque
Le caillou ramassé dans la Vallée des Rois.
et puis au lux bar...petite histoire d'un bistrot parisien...
Les feignants du Lux-Bar, les paumés, les horribles,
Tous ceux qui, rue Lepic, vienn'nt traîner leurs patins,
Les rigolos du coin, les connards, les terribles
Qui sont déjà chargés à dix heur' du matin...
Les racines au bistrot, ça va pas jusqu'à Blanche,
Et même les Abbesses, ils ont jamais vu ça!
Avec dix coups d'rouquin ils se font leur dimanche
Et je les aime bien, je n'sais pas trop pourquoi.
Y a Jojo qui connaît des chansons par centaines,
Qui gueule comme un âne avec un' voix d'acier
Et sur un ch'val boîteux va bouffer tout' sa s'maine,
Qui crèv'rait si demain on supprimait l'tiercé,
Et l'patron du Lux-Bar, c'est l'Auvergne en personne,
Bien avant d'savoir lire il savait d'jà compter,
Mais tous les habitués viennent pour la patronne
Et lui, le malheureux, s'en est jamais douté!
Et puis y a les souris des rues avoisinantes
Au valseur agressif, au sourire accueillant,
Qui font toujours la gueule et sont toujours contents,
Qui racontent leur vie en sèchant leur coup d'blanc.
Au Lux-Bar on s'retrouve un peu comme en famille ;
L'poissonnier d'à côté, çui qui vend du requin,
Vient y boir' son whisky parmi les joyeux drilles
Qui ne sont rien du tout, mais qui sont tous quelqu'un.
Les copains du Lux-Bar, les truands, les poètes,
Tous ceux qui dans Paris ont trouvé leur pat'lin
Au bas d'la rue Lepic viennent se fair' la fête
Pour que les Auvergnats puissent gagner leur pain.
bravo l'artiste!
Commentaires
Très sympa...
... ce beau partage d'un poète de grande qualité qui, comme tu le dis, mérite d'être connu, je verrais bien ses poèmes s'accocier avec les clichés d'un photographe qui prend des photos de bars, cafés, brasserie... dont voici le lien :
http://www.monbar.net/index.php
Merci d'être passé sur "ma mer de délires" et d'y avoir laissé une trace.
Bon week-end.
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